{"id":2132,"date":"2011-09-08T12:52:00","date_gmt":"2011-09-08T16:52:00","guid":{"rendered":"http:\/\/oddpla.net\/modernwizard\/?p=2132"},"modified":"2011-09-08T12:52:00","modified_gmt":"2011-09-08T16:52:00","slug":"la-nuit-de-mai-par-alfred-de-musset","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/oddpla.net\/modernwizard\/2011\/09\/08\/la-nuit-de-mai-par-alfred-de-musset\/","title":{"rendered":"La Nuit de Mai par Alfred de Musset"},"content":{"rendered":"<p>Speaking of muses, here&#39;s a poem that I read in my junior year of college about an exchange between the Poet and his Muse. It&#39;s called La Nuit de Mai&#8230;and the Poet and the Muse definitely have a romantic relationship!<!--more--><br \/>Alfred de Musset<\/p>\n<h1>La nuit de mai<\/h1>\n<p class=\"last\">LA MUSE<\/p>\n<p>Po&egrave;te, prends ton luth et me donne un baiser ;<br \/>La fleur de l&#39;&eacute;glantier sent ses bourgeons &eacute;clore,<br \/>Le printemps na&icirc;t ce soir ; les vents vont s&#39;embraser ;<br \/>Et la bergeronnette, en attendant l&#39;aurore,<br \/>Aux premiers buissons verts commence &agrave; se poser.<br \/>Po&egrave;te, prends ton luth, et me donne un baiser.<\/p>\n<p>LE PO&Egrave;TE<\/p>\n<p>Comme il fait noir dans la vall&eacute;e !<br \/>J&#39;ai cru qu&#39;une forme voil&eacute;e<br \/>Flottait l&agrave;-bas sur la for&ecirc;t.<br \/>Elle sortait de la prairie ;<br \/>Son pied rasait l&#39;herbe fleurie ;<br \/>C&#39;est une &eacute;trange r&ecirc;verie ;<br \/>Elle s&#39;efface et dispara&icirc;t.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Po&egrave;te, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,<br \/>Balance le z&eacute;phyr dans son voile odorant.<br \/>La rose, vierge encor, se referme jalouse<br \/>Sur le frelon nacr&eacute; qu&#39;elle enivre en mourant.<br \/>&Eacute;coute ! tout se tait ; songe &agrave; ta bien-aim&eacute;e.<br \/>Ce soir, sous les tilleuls, &agrave; la sombre ram&eacute;e<br \/>Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.<br \/>Ce soir, tout va fleurir : l&#39;immortelle nature<br \/>Se remplit de parfums, d&#39;amour et de murmure,<br \/>Comme le lit joyeux de deux jeunes &eacute;poux.<\/p>\n<p>LE PO&Egrave;TE<\/p>\n<p>Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?<br \/>Qu&#39;ai-je donc en moi qui s&#39;agite<br \/>Dont je me sens &eacute;pouvant&eacute; ?<br \/>Ne frappe-t-on pas &agrave; ma porte ?<br \/>Pourquoi ma lampe &agrave; demi morte<br \/>M&#39;&eacute;blouit-elle de clart&eacute; ?<br \/>Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.<br \/>Qui vient ? qui m&#39;appelle ? &#8211; Personne.<br \/>Je suis seul ; c&#39;est l&#39;heure qui sonne ;<br \/>&Ocirc; solitude ! &ocirc; pauvret&eacute; !<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Po&egrave;te, prends ton luth ; le vin de la jeunesse<br \/>Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.<br \/>Mon sein est inquiet ; la volupt&eacute; l&#39;oppresse,<br \/>Et les vents alt&eacute;r&eacute;s m&#39;ont mis la l&egrave;vre en feu.<br \/>&Ocirc; paresseux enfant ! regarde, je suis belle.<br \/>Notre premier baiser, ne t&#39;en souviens-tu pas,<br \/>Quand je te vis si p&acirc;le au toucher de mon aile,<br \/>Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?<br \/>Ah ! je t&#39;ai consol&eacute; d&#39;une am&egrave;re souffrance !<br \/>H&eacute;las ! bien jeune encor, tu te mourais d&#39;amour.<br \/>Console-moi ce soir, je me meurs d&#39;esp&eacute;rance ;<br \/>J&#39;ai besoin de prier pour vivre jusqu&#39;au jour.<\/p>\n<p>LE PO&Egrave;TE<\/p>\n<p>Est-ce toi dont la voix m&#39;appelle,<br \/>&Ocirc; ma pauvre Muse ! est-ce toi ?<br \/>&Ocirc; ma fleur ! &ocirc; mon immortelle !<br \/>Seul &ecirc;tre pudique et fid&egrave;le<br \/>O&ugrave; vive encor l&#39;amour de moi !<br \/>Oui, te voil&agrave;, c&#39;est toi, ma blonde,<br \/>C&#39;est toi, ma ma&icirc;tresse et ma soeur !<br \/>Et je sens, dans la nuit profonde,<br \/>De ta robe d&#39;or qui m&#39;inonde<br \/>Les rayons glisser dans mon coeur.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Po&egrave;te, prends ton luth ; c&#39;est moi, ton immortelle,<br \/>Qui t&#39;ai vu cette nuit triste et silencieux,<br \/>Et qui, comme un oiseau que sa couv&eacute;e appelle,<br \/>Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux.<br \/>Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire<br \/>Te ronge, quelque chose a g&eacute;mi dans ton coeur ;<br \/>Quelque amour t&#39;est venu, comme on en voit sur terre,<br \/>Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur.<br \/>Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pens&eacute;es,<br \/>Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines pass&eacute;es ;<br \/>Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu,<br \/>&Eacute;veillons au hasard les &eacute;chos de ta vie,<br \/>Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie,<br \/>Et que ce soit un r&ecirc;ve, et le premier venu.<br \/>Inventons quelque part des lieux o&ugrave; l&#39;on oublie ;<br \/>Partons, nous sommes seuls, l&#39;univers est &agrave; nous.<br \/>Voici la verte &Eacute;cosse et la brune Italie,<br \/>Et la Gr&egrave;ce, ma m&egrave;re, o&ugrave; le miel est si doux,<br \/>Argos, et Pt&eacute;l&eacute;on, ville des h&eacute;catombes,<br \/>Et Messa la divine, agr&eacute;able aux colombes,<br \/>Et le front chevelu du P&eacute;lion changeant ;<br \/>Et le bleu Titar&egrave;se, et le golfe d&#39;argent<br \/>Qui montre dans ses eaux, o&ugrave; le cygne se mire,<br \/>La blanche Oloossone &agrave; la blanche Camyre.<br \/>Dis-moi, quel songe d&#39;or nos chants vont-ils bercer ?<br \/>D&#39;o&ugrave; vont venir les pleurs que nous allons verser ?<br \/>Ce matin, quand le jour a frapp&eacute; ta paupi&egrave;re,<br \/>Quel s&eacute;raphin pensif, courb&eacute; sur ton chevet,<br \/>Secouait des lilas dans sa robe l&eacute;g&egrave;re,<br \/>Et te contait tout bas les amours qu&#39;il r&ecirc;vait ?<br \/>Chanterons-nous l&#39;espoir, la tristesse ou la joie ?<br \/>Tremperons-nous de sang les bataillons d&#39;acier ?<br \/>Suspendrons-nous l&#39;amant sur l&#39;&eacute;chelle de soie ?<br \/>Jetterons-nous au vent l&#39;&eacute;cume du coursier ?<br \/>Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre<br \/>De la maison c&eacute;leste, allume nuit et jour<br \/>L&#39;huile sainte de vie et d&#39;&eacute;ternel amour ?<br \/>Crierons-nous &agrave; Tarquin : &quot; Il est temps, voici l&#39;ombre ! &quot;<br \/>Descendrons-nous cueillir la perle au fond des mers ?<br \/>M&egrave;nerons-nous la ch&egrave;vre aux &eacute;b&eacute;niers amers ?<br \/>Montrerons-nous le ciel &agrave; la M&eacute;lancolie ?<br \/>Suivrons-nous le chasseur sur les monts escarp&eacute;s ?<br \/>La biche le regarde ; elle pleure et supplie ;<br \/>Sa bruy&egrave;re l&#39;attend ; ses faons sont nouveau-n&eacute;s ;<br \/>Il se baisse, il l&#39;&eacute;gorge, il jette &agrave; la cur&eacute;e<br \/>Sur les chiens en sueur son coeur encor vivant.<br \/>Peindrons-nous une vierge &agrave; la joue empourpr&eacute;e,<br \/>S&#39;en allant &agrave; la messe, un page la suivant,<br \/>Et d&#39;un regard distrait, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de sa m&egrave;re,<br \/>Sur sa l&egrave;vre entr&#39;ouverte oubliant sa pri&egrave;re ?<br \/>Elle &eacute;coute en tremblant, dans l&#39;&eacute;cho du pilier,<br \/>R&eacute;sonner l&#39;&eacute;peron d&#39;un hardi cavalier.<br \/>Dirons-nous aux h&eacute;ros des vieux temps de la France<br \/>De monter tout arm&eacute;s aux cr&eacute;neaux de leurs tours,<br \/>Et de ressusciter la na&iuml;ve romance<br \/>Que leur gloire oubli&eacute;e apprit aux troubadours ?<br \/>V&ecirc;tirons-nous de blanc une molle &eacute;l&eacute;gie ?<br \/>L&#39;homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie,<br \/>Et ce qu&#39;il a fauch&eacute; du troupeau des humains<br \/>Avant que l&#39;envoy&eacute; de la nuit &eacute;ternelle<br \/>V&icirc;nt sur son tertre vert l&#39;abattre d&#39;un coup d&#39;aile,<br \/>Et sur son coeur de fer lui croiser les deux mains ?<br \/>Clouerons-nous au poteau d&#39;une satire alti&egrave;re<br \/>Le nom sept fois vendu d&#39;un p&acirc;le pamphl&eacute;taire,<br \/>Qui, pouss&eacute; par la faim, du fond de son oubli,<br \/>S&#39;en vient, tout grelottant d&#39;envie et d&#39;impuissance,<br \/>Sur le front du g&eacute;nie insulter l&#39;esp&eacute;rance,<br \/>Et mordre le laurier que son souffle a sali ?<br \/>Prends ton luth ! prends ton luth ! je ne peux plus me taire ;<br \/>Mon aile me soul&egrave;ve au souffle du printemps.<br \/>Le vent va m&#39;emporter ; je vais quitter la terre.<br \/>Une larme de toi ! Dieu m&#39;&eacute;coute ; il est temps.<\/p>\n<p>LE PO&Egrave;TE<\/p>\n<p>S&#39;il ne te faut, ma soeur ch&eacute;rie,<br \/>Qu&#39;un baiser d&#39;une l&egrave;vre amie<br \/>Et qu&#39;une larme de mes yeux,<br \/>Je te les donnerai sans peine ;<br \/>De nos amours qu&#39;il te souvienne,<br \/>Si tu remontes dans les cieux.<br \/>Je ne chante ni l&#39;esp&eacute;rance,<br \/>Ni la gloire, ni le bonheur,<br \/>H&eacute;las ! pas m&ecirc;me la souffrance.<br \/>La bouche garde le silence<br \/>Pour &eacute;couter parler le coeur.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Crois-tu donc que je sois comme le vent d&#39;automne,<br \/>Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,<br \/>Et pour qui la douleur n&#39;est qu&#39;une goutte d&#39;eau ?<br \/>&Ocirc; po&egrave;te ! un baiser, c&#39;est moi qui te le donne.<br \/>L&#39;herbe que je voulais arracher de ce lieu,<br \/>C&#39;est ton oisivet&eacute; ; ta douleur est &agrave; Dieu.<br \/>Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,<br \/>Laisse-la s&#39;&eacute;largir, cette sainte blessure<br \/>Que les noirs s&eacute;raphins t&#39;ont faite au fond du coeur :<br \/>Rien ne nous rend si grands qu&#39;une grande douleur.<br \/>Mais, pour en &ecirc;tre atteint, ne crois pas, &ocirc; po&egrave;te,<br \/>Que ta voix ici-bas doive rester muette.<br \/>Les plus d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s sont les chants les plus beaux,<br \/>Et j&#39;en sais d&#39;immortels qui sont de purs sanglots.<br \/>Lorsque le p&eacute;lican, lass&eacute; d&#39;un long voyage,<br \/>Dans les brouillards du soir retourne &agrave; ses roseaux,<br \/>Ses petits affam&eacute;s courent sur le rivage<br \/>En le voyant au loin s&#39;abattre sur les eaux.<br \/>D&eacute;j&agrave;, croyant saisir et partager leur proie,<br \/>Ils courent &agrave; leur p&egrave;re avec des cris de joie<br \/>En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.<br \/>Lui, gagnant &agrave; pas lents une roche &eacute;lev&eacute;e,<br \/>De son aile pendante abritant sa couv&eacute;e,<br \/>P&ecirc;cheur m&eacute;lancolique, il regarde les cieux.<br \/>Le sang coule &agrave; longs flots de sa poitrine ouverte ;<br \/>En vain il a des mers fouill&eacute; la profondeur ;<br \/>L&#39;Oc&eacute;an &eacute;tait vide et la plage d&eacute;serte ;<br \/>Pour toute nourriture il apporte son coeur.<br \/>Sombre et silencieux, &eacute;tendu sur la pierre<br \/>Partageant &agrave; ses fils ses entrailles de p&egrave;re,<br \/>Dans son amour sublime il berce sa douleur,<br \/>Et, regardant couler sa sanglante mamelle,<br \/>Sur son festin de mort il s&#39;affaisse et chancelle,<br \/>Ivre de volupt&eacute;, de tendresse et d&#39;horreur.<br \/>Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,<br \/>Fatigu&eacute; de mourir dans un trop long supplice,<br \/>Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;<br \/>Alors il se soul&egrave;ve, ouvre son aile au vent,<br \/>Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,<br \/>Il pousse dans la nuit un si fun&egrave;bre adieu,<br \/>Que les oiseaux des mers d&eacute;sertent le rivage,<br \/>Et que le voyageur attard&eacute; sur la plage,<br \/>Sentant passer la mort, se recommande &agrave; Dieu.<br \/>Po&egrave;te, c&#39;est ainsi que font les grands po&egrave;tes.<br \/>Ils laissent s&#39;&eacute;gayer ceux qui vivent un temps ;<br \/>Mais les festins humains qu&#39;ils servent &agrave; leurs f&ecirc;tes<br \/>Ressemblent la plupart &agrave; ceux des p&eacute;licans.<br \/>Quand ils parlent ainsi d&#39;esp&eacute;rances tromp&eacute;es,<br \/>De tristesse et d&#39;oubli, d&#39;amour et de malheur,<br \/>Ce n&#39;est pas un concert &agrave; dilater le coeur.<br \/>Leurs d&eacute;clamations sont comme des &eacute;p&eacute;es :<br \/>Elles tracent dans l&#39;air un cercle &eacute;blouissant,<br \/>Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.<\/p>\n<p>LE PO&Egrave;TE<\/p>\n<p>&Ocirc; Muse ! spectre insatiable,<br \/>Ne m&#39;en demande pas si long.<br \/>L&#39;homme n&#39;&eacute;crit rien sur le sable<br \/>&Agrave; l&#39;heure o&ugrave; passe l&#39;aquilon.<br \/>J&#39;ai vu le temps o&ugrave; ma jeunesse<br \/>Sur mes l&egrave;vres &eacute;tait sans cesse<br \/>Pr&ecirc;te &agrave; chanter comme un oiseau ;<br \/>Mais j&#39;ai souffert un dur martyre,<br \/>Et le moins que j&#39;en pourrais dire,<br \/>Si je l&#39;essayais sur ma lyre,<br \/>La briserait comme un roseau.<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Speaking of muses, here&#39;s a poem that I read in my junior year of college about an exchange between the Poet and his Muse. 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